Ils étaient tous les deux nos amis. Nous les avions rencontré, avant le départ du Paris-Dakar au cours duquel ils ont trouvé la mort. Celui qui triomphait avec "L'aziza" et celui qui animait "Les nouveaux aventuriers, sur A2, nous avaient raconté leurs bonheurs et leurs espoirs. Nous leur rendons hommage, ainsi qu'à notre consoeur, Nathaly Odent, du "Journal du dimanche".
"Cette année, confiait Daniel Balavoine à Martine Bourillon, venue l'interviewer en décembre dernier, je ne cours pas le rallye Paris-Dakar, mais je rejoindrai, là-bas, mon copain Thierry Sabine." Et nous les avions photographiés, tous les deux en train de lire une carte... de France, avant cette nouvelle aventure. "Pourquoi je retourne en Afrique, mais pour participer à la campagne "Action-Ecole", disait encore Daniel. Il s'agit de faire rassembler, par les enfants, dans leurs écoles, les matières premières, riz, sucre, farine pouvant nourrir les enfants des pays africains miséreux. Pour qu'un jour n'existent plus tous les grands fléaux du monde, le racisme, la guerre, la misère, ce sont les mentalités qu'il faut changer. Pour les adultes c'est trop tard, mais je fais confiance aux enfants..." Sur les genous de Daniel Balavoine (qui devait passer dans "Champs-Elysées" du 25 janvier), un petit lutin en combinaison bleue, ouvrait de grands yeux noirs, comme subjugué : "Oui, pour Jérémie, mon fils qui a seize mois, et pour notre prochain bébé, qui devrait naitre en mai, je suis très optimiste. Je pense que les nécessités de survie du monde entier rendront les gens plus intelligents." Comme il avait changé Daniel, comme il semblait moins agressif qu'au temps de son dialogue avec François Mitterrand, bien mieux dans sa peau, et pas seulement parce que "L'aziza" était devenu un tube, déjà 10ème du Top 20. "Avoir un enfant, souriait-il, cela vous change. Cela fait évoluer. On fait le bilan de ce que l'on sait et de ce que l'on ne sait pas encore. Cela rend plus sûr de soi et plus curieux de tout. Cela apprend le respect, cela apprend à s'espriemr avec tolérance et clarté..."
Daniel nous confiait encore : "J'ai la chance de faire un métier que je peux exercer un peu partout et qui me donne des loisirs. Alors, j'ai emmené Jérémie avec moi au Maroc, où j'ai tourné le clip de "L'aziza". C'est le pays dont ma femme Coco est originaire. Nous sommes allés aussi au Sénégal, à l'île Maurice. Et puis j'ai beaucoup voyagé en Afrique. Par goût et peuis pour m'informer sur les besoins des gens, afin de pouvoir agir utilement, en liaison avec les associations humanitaires que je peux aider."
C'est ainsi que Daniel Balavoine était parti rejoindre le Paris-Dakar pour, en même temps, livrer des pompes à eau au Sahel : "Cela ne vaut pas la peine de parler de moi, je me contenterai de conduire un camion quelques jours... Parlez plutôt de l'opération "Pari du Coeur", organisée par mon ami Thierry Sabine, et surtout, ne prétendez pas, comme certains, qu'elle n'est montée que pour faire de la pub au Paris-Dakar. C'est tout à fait l'inverse. N'oubliez pas que j'ai chanté "Je ne suis pas un héros"..."
Nous le savions bien, nous ne doutions pas un instant de la sincérité de Daniel et de son opération humanitaire, et nous lui avions souhaité bonne chance. De même qu'à Thierry Sabine, lorsque Michel Alexandre l'avait interviewé quelques jours plus tard, dans sa maison d'Eure-et-Loir. Celui qui présentait désormais "Les nouveaux aventuriers", sur Antenne 2, un samedi par mois, en était devenu un et, comme Philippe de Dieuleveult, son ami, il a eu le destin de ceux qui vont jusqu'au bout de l'aventure. Près de lui, Suzanne, sa compagne, une jolie Danoise, évoquait également le paris-akar, dont elle était l'un des contrôleurs de course. Thierry nous avit longuement parlé de sa fille Emilie, douze ans, qu'il adorait, et qui vivait avec sa maman, et avec qui, après toutes les péripéties et controverses concernant le Paris-Dakar, il se promettait de partir en vancances...
Un stupide accident d'hélicoptère au Mali a mis fin à tous ses rêves.
Que tous les proches de Thierry Sabine, qui avait 38 ans, de Daniel Balavoine, qui allait avoir 34 ans le 5 février, ceux de Nathaly Odent, notre consoeur du "Journal du dimanche", qui suivait la course et qui est morte, elle aussi, et ceux des deux autres victimes sachent que nous partageons leur chagrin.
Source: TELE 7 JOURS du 25 janvier 1986