Vis loin de moi
Pas plus intelligent
Pauvre Nicolas
L'alcool n'y change rien
Tes pieds toucheront par terre
Evelyne et moi
Couleurs d'automne
L'enfant aux yeux d'Italie
Mona Lisa: la chanson vide/la première fille de ma vie/elle reprisait mes chaussettes/ca ne vous regarde plus.
En 1975, les éditions Barclay publient le premier disque "officiel" d'un jeune qui ne débute pas vraiment, puisqu'à 23 ans il a déjà 7 années de pratique derrière lui. Mais cet album passera inaperçu. Sans doute est-il trop confus pour le public. Il s'inscrit dans la lignée de la jeune variété française du moment, très fleur bleue.
En effet, ce 33 tours est centré presque exclusivement sur les émois suscités par des femmes que l'auteur semble avoir aimées. Et pourtant, il n'est pas aussi simpliste que ça.
Malgré une unité de thèmes, que l'on trouve également dans la composition musicale, on sent que ce jeune interprète cherche à extraire sa personnalité enfouie sous de nombreuses influences. Il n'est pas insensible à un héritage culturel classique à en juger par l'utilisation importante des choeurs, du piano et des instruments à cordes comme ceux qui soulignent la comptine du Pauvre Nicolas. Parallèlement, il essaie de dynamiser l'ensemble par l'apport de sons plus modernes ou plus colorés. C'est ainsi qu'un synthétiseur s'harmonise au piano, contraste avec l'intermède classique qui sépare les couplets d"Evelyne et moi", se rapprochant du cosmopolistisme d'un Michel Polnareff. Les comparaisons flatteuses ne s'arretent pas là puisque des pointes de violon, qu'on croirait arrangés par un Serge Gainsbourg, font flamber les "Couleurs d'automne".
Des accords de guitare accoustique et des solos électrisés, comme ceux de "Tes pieds toucheront par terre" (dont le texte est signé par le frère du chanteur), ou l'introduction pop de "L'enfant aux yeux d'Italie", indique que l'auteur vit avant tout à l'écoute de son temps, dominé par les anglo-saxons. Mais ce dernier morceau, permet égalament de jouer sur des airs latins.
Malgré les apparences, ce disque manifeste donc aussi la volonté de s'écarter des productions françaises courantes, en intégrant des éléments divers.
Les textes, pour leur part, r"vèlent de temps à autre un style intéressant. Certaines images, bien qu'elles paraissent un peu naives, laisssent pressentir des dispositions pour
l'écriture. Comment résister au charme troublant qu'inspire l'amour platonique de "De vous à elle en passant par moi" : "J'envoyais des fleurs d'amour intense/ au couleurs immenses/ des yeux je frolais ses insolences/ à demi distance/ elle ne voulait pas enlever ses bas..."?
Comment ne pas se perdre dans l'amour calin d'"Evelyne et moi", dont les joues de satin caressaient mes mains..."?
Pour terminer, notons la démarche originale de ce jeune artiste, qui conclut son album par une chanson-concept, divisée en 4 parties. D'abord une trève sonatine au piano qui traduit la peine que provoque l'ami qui trahit. S'ensuit la réaction superficielle de l'homme-enfant inconstant. Il revient à la réalité par une mise en situation humoristique, quand il "tombe" sur celle qui l'attendrit par des détails qui pourraient sembler ridicules: "Elle reprisait mes chaussettes/ les seins à l'air/ elle portait des lunettes/ le nez à l'envers."
Résultat: "De vous à elle en passant par moi/ ca ne vous regarde plus."
L'album est bouclé. Il ne laissera pas un souvenir imperissable, malgré le dynamisme qui le caractérise jusque dans les thèmes les plus tristes (ce qui est surprenant). Si une chanson avait réuni les qualités éparpillées ca et là, ca aurait pu marcher. Elle aurait pu faire connaitre la voix troublante, pas encore adulte mais plus tout à fait adolescente, de ce jeune auteur-compositeur-interprète, un certain Daniel Balavoine.
Source: PAROLES ET MUSIQUE n° 66, janvier 1987.